
Été 2008
Numéro thématique : Les médicaments entre drogues, mésusages et détournements
Éditeurs délégués : Joseph Lévy (UQAM), Janine Pierret (CNRS, CERMES, France) et Christine Thoër (UQAM)
Dans la société contemporaine, les médicaments constituent la voie thérapeutique essentielle dans le traitement des maladies, suscitant la mise en marché de nombreux produits de la part des industries pharmaceutiques. Cependant, les études pharmaco-épidémiologiques et psychosociales montrent que les usages des médicaments débordent la dimension biomédicale et sont entourés de représentations et d'affects complexes. Si certains patients tendent à ne pas adhérer à leur traitement, l'abandonnant à brève échéance, pour d'autres, au contraire, la relation au médicament peut se poursuivre longtemps, donnant naissance à des formes d'assuétude. Le médicament se transforme alors en drogue, comme c'est par exemple le cas des benzodiazépines, ce qui nécessite alors de recourir à des programmes de sevrage pour briser la dépendance. Par ailleurs, les médicaments peuvent être utilisés en dehors des prescriptions médicales comme telles et donner lieu à des pratiques problématiques (marché noir, dopage, usages par les professionnels de la santé, médecins, pharmaciens et étudiants en médecine). Dans un numéro thématique à paraître en 2007, la revue scientifique Drogues, santé et société (DSS) se propose d'explorer quelques-uns de ces enjeux dans le monde contemporain. En privilégiant cette perspective sur les relations entre drogues et médicaments, nous pourrons mieux comprendre les modalités d'usage des médicaments ainsi que les facteurs psychosociaux qui interviennent dans leur abus (dépendance, dopage, etc.). Les articles seront envisagés sous l'angle théorique et disciplinaire (recherche ou intervention) et se situeront soit dans une perspective comparative ou comme étude de cas.
Automne 2008
Numéro non thématique Appels d'articles scientifiques
Usages traditionnels et néo-traditionnels des psychotropes
Numéro thématique, sous la direction de Marc Perreault
La proposition de ce numéro thématique s'inscrit dans le prolongement d'un numéro précédent consacré à l'usage des psychotropes chez les peuples amérindiens (vol. 4, no 1). Alors qu'un concours de circonstances avait fait de l'usage de l'alcool et de son image négative une dominante de l'ancien numéro, nous souhaitons dans le prochain numéro ouvrir davantage sur les aspects positifs et les bienfaits des usages traditionnels des psychotropes. Si l'expérience amérindienne est toujours privilégiée, nos ouvrons également le numéro à d'autres traditions et groupes culturels.
Voici quelques exemples de sujets d'article possibles :
Les auteurs intéressés à soumettre un texte sont priés de faire parvenir le titre et le résumé de leur projet d'article, avant le 1er avril 2008, au coordonnateur du numéro ( ) ou au directeur de la revue ( ).
La remise des articles est attendue pour octobre 2008 pour le processus de révision scientifique par les pairs. Pour plus de renseignements sur les directives aux auteurs, cliquez ici.
Où sont passés les héritiers de Stanton Peele? Les nouvelles tendances de l'intervention en toxicomanie
Numéro thématique sous la direction de Bastien Quirion et Chantal Plourde
Depuis la découverte, il y a environ 200 ans, de l'existence de problèmes de dépendance associés à la consommation de certains produits psychotropes, la prise en charge sociosanitaire du toxicomane n'a cessé d'évoluer au gré des croyances et des découvertes concernant ce nouveau champ d'intervention. Considérée pendant longtemps sous le registre de la régulation morale, l'inébriété ou l'ivrognerie fut par la suite prise en charge par les médecins et les spécialistes du comportement, pour lesquels le toxicomane se reconnaissait principalement par la présence de traits ou de caractéristiques individuelles morbides. La toxicomanie fut par la suite considérée comme le symptôme d'une mésadaptation sociale, en appelant ainsi à des interventions davantage orientées vers la rééducation et la réhabilitation des toxicomanes. Au gré des fluctuations sociales et politiques, l'intervention en toxicomanie a donc évolué en privilégiant, selon les cultures et les époques, différentes dimensions renvoyant chacune à différentes stratégies de soins.
C'est ainsi que l'on a pu assister, dans le dernier quart du 20e siècle, à une révolution importante dans le champ de l'intervention, alors qu'une poignée de cliniciens et de chercheurs vont se dissocier du modèle de maladie qui était alors prédominant, pour considérer la toxicomanie dans une perspective davantage sociale et culturelle. C'est à cette époque que le psychologue américain Stanton Peele développe sa théorie de l'assuétude, en insistant sur le fait qu'on ne devient pas dépendant d'une drogue, mais bien de l'expérience antalgique que nous procure cette drogue. Dans un même esprit, au Québec, le Dr Dollard Cormier renverse le postulat clinique de la quête de l'abstinence, en défendant l'idée que l'objectif de l'intervention auprès de certains usagers puisse être la consommation contrôlée. S'inspirant de cette nouvelle façon de considérer la toxicomanie, de nouvelles pratiques d'intervention seront dès lors instaurées sous le couvert de cette nouvelle prise en charge psychosociale. Cette perspective aura en effet un impact important sur les modalités mêmes de l'intervention auprès des toxicomanes, entre autres en élargissant la liste des objectifs cliniques de l'intervention, en tenant compte davantage des conditions subjectives du toxicomane, et en établissant de nouveaux critères pour l'évaluation de l'efficacité du traitement. Le rôle de l'intervenant sera aussi appelé à se transformer pour tenir compte de cette nouvelle façon de concevoir la toxicomanie.
Le passage du temps permettant souvent de remettre en perspective certains événements marquants du passé, on peut se questionner aujourd'hui sur les impacts à plus long terme de ce virage psychosocial dans le champ de l'intervention en toxicomanie. À la lumière des développements les plus récents en matière de recherche et d'intervention clinique, on peut en effet s'interroger sur la pérennité de la perspective psychosociale qui fut lancée il y a quelques décennies. Au nombre des transformations importantes qui se sont manifestées depuis 20 ans, soulignons entre autres les avancées nouvelles dans le domaine des neurosciences, lesquelles viendraient bousculer la pertinence de la distinction classique entre dépendance physiologique et dépendance psychique. Mentionnons aussi la multiplication des outils automatisés d'évaluation de la dépendance qui, tout en gagnant en précision et en rapidité, perdent beaucoup au niveau de la prise en compte de la subjectivité des toxicomanes et des intervenants. Soulignons finalement, au niveau des énoncés de mission des institutions politiques, l'émergence d'une nouvelle rhétorique de gestion des risques qui aura un impact significatif sur la façon dont seront désormais formulés les cibles et les objectifs de l'intervention clinique auprès des utilisateurs de drogue. Ces transformations, qui ont assurément contribué à déplacer les paramètres de la prise en charge thérapeutique des toxicomanes, s'opèrent de façon simultanée à différents niveaux : au niveau des théories de la dépendance, du développement des outils et des programmes cliniques, et des impératifs sociaux et politiques qui président à la mise en place de ces stratégies d'intervention.
Ce numéro spécial de la revue Drogues, santé et société propose donc d'aborder la question des transformations récentes qui ont pu se manifester dans la façon dont s'articule aujourd'hui l'intervention en matière de toxicomanie. À la lumière des développements récents qui se sont manifestés dans ce champ, nous proposons une réflexion critique et théorique à la fois sur la pérennité de la perspective psychosociale en toxicomanie et sur les nouvelles tendances et modalités qui se profilent dans ce champ spécifique de l'intervention. Soulignant le caractère multidimensionnel de l'intervention thérapeutique, nous convions les auteurs à analyser ces transformations dans des perspectives variées, permettant ainsi de combiner dans un même numéro des contributions portant sur les dimensions cliniques, scientifiques, politiques, économiques, institutionnelles et sociales de l'intervention en toxicomanie. Les articles qui seront publiés dans ce numéro spécial de la revue permettront ainsi de remettre dans leur contexte les pratiques et les modèles d'intervention qui sont actuellement employés auprès des individus aux prises avec des problèmes liés à la toxicomanie.
Thèmes suggérés :
Drogues, santé et société est une revue scientifique multidisciplinaire dédiée à la publication de résultats inédits de recherche et d'articles de fond de même qu'au transfert de connaissances à propos de l'usage et de l'abus des drogues (alcool, tabac, médicaments, drogues illicites) et des phénomènes qui lui sont associés.
Les auteurs intéressés à soumettre un texte sont priés de faire parvenir, dans un premier temps, le titre et le résumé de leur projet d'article, avant le 1er septembre 2008, aux coordonnateurs du numéro ( ou ). Une version définitive de l'article devra être envoyée au plus tard en mai 2009. Les articles seront alors soumis à un processus de révision scientifique par les pairs. Pour plus de renseignements sur les directives aux auteurs, cliquez ici.